Le groupe sanguin AB est rare en apparence, mais universel seulement pour certains dons

Featured

Le groupe sanguin AB est rare en apparence, mais universel seulement pour certains dons

La mention AB sur une carte de groupe sanguin intrigue souvent. Ce groupe cumule deux caractéristiques qui semblent se contredire : il est peu fréquent dans la population, mais il offre une large compatibilité en transfusion. Pour bien le comprendre, il faut distinguer les globules rouges, le plasma et le facteur Rhésus.

Le système ABO : d’où vient le groupe AB ?

Le système ABO a été décrit en 1900 par Karl Landsteiner. Il repose sur la présence ou l’absence de deux antigènes, appelés A et B, à la surface des globules rouges. Ces molécules peuvent déclencher une réaction immunitaire lorsqu’elles sont reconnues comme étrangères par l’organisme d’un receveur. Le système ABO, associé au facteur Rhésus, qui indique la présence ou l’absence de l’antigène D, permet de distinguer les huit groupes sanguins : A+, A-, B+, B-, AB+, AB-, O+ et O-.

Sang AB : infographie de compatibilité des globules rouges et du plasma
Sang AB : infographie de compatibilité des globules rouges et du plasma

Dans le groupe AB, les globules rouges portent simultanément les antigènes A et B. C’est la seule configuration, parmi les quatre groupes ABO principaux, à réunir ces deux marqueurs. Cette particularité influence directement la compatibilité du sang AB avec les autres groupes.

AB positif et AB négatif : ce qui les distingue

Un même socle antigénique, un Rhésus différent

AB+ et AB- possèdent tous deux les antigènes A et B. Leur différence concerne uniquement le facteur Rhésus. Une personne AB+ possède l’antigène D, tandis qu’une personne AB- en est dépourvue. Cette distinction modifie les règles de compatibilité, notamment lorsqu’il s’agit de recevoir des globules rouges.

Pourquoi cette différence compte en pratique

Pour une transfusion de globules rouges, une personne AB- doit recevoir du sang Rhésus négatif, quel que soit le groupe ABO. Une exposition à l’antigène D peut entraîner la production d’anticorps anti-D et compliquer des transfusions ultérieures. Cette situation peut aussi poser problème pendant une grossesse si la mère est Rhésus négatif et le fœtus Rhésus positif.

Une personne AB+ peut, pour les globules rouges, recevoir du sang Rhésus positif ou négatif. Elle bénéficie donc d’une compatibilité plus large, ce qui explique son appellation de receveur universel. Cette universalité concerne toutefois la réception des globules rouges, et non tous les produits sanguins.

Pourquoi AB+ est receveur universel et AB donneur universel de plasma

La compatibilité dépend de la rencontre entre les antigènes portés par les globules rouges et les anticorps présents dans le plasma du receveur. Une personne AB possède déjà les antigènes A et B. Son organisme ne fabrique donc ni anticorps anti-A ni anticorps anti-B. Elle peut recevoir des globules rouges de n’importe quel groupe ABO sans réaction liée à ces deux antigènes. Pour une personne AB+, l’absence de restriction liée au Rhésus élargit encore cette compatibilité. AB+ est ainsi le receveur universel de globules rouges.

Le raisonnement s’inverse pour le plasma, la partie liquide du sang. Le plasma représente environ 55 % du volume sanguin, contre 45 % pour les cellules sanguines, parmi lesquelles figurent les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes. Le plasma contient les anticorps dirigés contre les antigènes absents des globules rouges. Comme une personne AB ne possède ni anticorps anti-A ni anticorps anti-B, son plasma peut être transfusé à un receveur de n’importe quel groupe ABO. Le plasma AB est donc le plasma donneur universel, et non le plasma O.

La compatibilité des plaquettes suit également les règles du système ABO, mais elles sont plus souples que pour les globules rouges. Un don de plaquettes permet généralement de recueillir entre 300 et 700 milliards de plaquettes. Elles peuvent être utilisées chez des patients dont la moelle osseuse n’en produit plus suffisamment, notamment pendant des traitements contre le cancer.

Le groupe AB est-il vraiment rare ?

En France, le groupe AB concerne environ 4 % de la population : 3 % pour AB+ et 1 % pour AB-. Cette proportion est nettement inférieure à celle du groupe O, qui représente environ 45 %, et du groupe A, qui concerne environ 40 % de la population. AB est donc peu fréquent sur le plan statistique.

La notion de groupe sanguin rare répond toutefois à une définition médicale plus stricte. En France, un groupe est considéré comme rare lorsqu’il concerne moins de 4 personnes sur 1 000. Environ 250 groupes sanguins rares ont été identifiés dans le pays, pour près de 700 000 personnes concernées au total. Le groupe Bombay, par exemple, ne touche qu’environ une personne sur un million en Europe.

Le groupe AB n’entre donc pas dans cette catégorie médicale, malgré sa fréquence limitée. Les réserves de sang AB peuvent être proportionnellement moins importantes dans les centres de collecte, ce qui rend les dons utiles lorsqu’un besoin spécifique se présente. Être AB ne signifie pas avoir un groupe sanguin meilleur ou moins bon que les autres.

Hérédité et transmission du groupe AB

Le groupe sanguin se transmet par les gènes. Chaque personne reçoit un allèle de sa mère et un allèle de son père, parmi les trois versions possibles du système ABO : A, B ou O. Un enfant est du groupe AB lorsqu’il reçoit un allèle A de l’un de ses parents et un allèle B de l’autre. Deux parents porteurs chacun d’un profil A/B ou B/A peuvent donc avoir un enfant AB. En revanche, un parent de groupe O ne transmet ni l’allèle A ni l’allèle B.

Le groupe AB peut apparaître chez un enfant alors qu’aucun des deux parents n’est lui-même AB. Il suffit que l’un transmette l’allèle A et l’autre l’allèle B. À l’inverse, si aucun parent ne porte l’un de ces deux allèles, l’enfant ne peut pas être AB. Le résultat dépend donc de la combinaison des allèles hérités, et non du seul groupe sanguin visible des parents.

Comment connaître son groupe sanguin AB ?

Le groupe sanguin est déterminé dès la naissance, mais il n’est pas toujours connu immédiatement. Il peut être indiqué dans le carnet de santé ou sur une carte de groupe sanguin obtenue après une prise de sang. Lorsqu’elle est réalisée sur prescription médicale, l’analyse est confirmée par une double détermination afin de limiter le risque d’erreur d’identification.

Cette vérification peut être demandée pendant une grossesse pour anticiper un éventuel conflit Rhésus entre la mère et le fœtus. Elle est également réalisée avant une intervention chirurgicale ou dans une situation d’urgence. Lorsque le pronostic vital est engagé, le résultat peut être obtenu en moins de 30 minutes. Le don de sang permet aussi de connaître ou de confirmer son groupe, puisqu’une analyse est réalisée lors de chaque prélèvement.