Daltonien : quelles couleurs sont confondues, pourquoi et comment le dépister ?

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Daltonien : quelles couleurs sont confondues, pourquoi et comment le dépister ?

Une personne daltonienne ne voit pas forcément le monde en noir et blanc. Le daltonisme modifie surtout la capacité à distinguer certaines teintes, sans supprimer la perception des couleurs. La confusion concerne le plus souvent le rouge et le vert. Elle dépend du type de cônes rétiniens touché et de l’intensité du trouble.

Ce que voit réellement un œil daltonien

La rétine contient des cellules appelées cônes photorécepteurs. Chacune réagit à certaines longueurs d’onde et participe à la perception du rouge, du vert ou du bleu. Ces cônes contiennent des protéines, les opsines, qui captent la lumière et transmettent l’information au cerveau. Chez une personne daltonienne, un ou plusieurs types de cônes fonctionnent moins bien ou sont absents. Le cerveau reçoit alors un signal incomplet, ce qui entraîne une confusion entre certaines teintes plutôt qu’une disparition générale des couleurs.

Illustration expliquant la perception des couleurs chez une personne daltonienne et les confusions rouge-vert ou bleu-jaune
Illustration expliquant la perception des couleurs chez une personne daltonienne et les confusions rouge-vert ou bleu-jaune

La confusion rouge-vert, la plus répandue

Dans l’immense majorité des cas, l’atteinte concerne les cônes sensibles au rouge ou au vert. Une personne concernée peut confondre un rouge foncé avec un marron ou un vert olive, ou avoir du mal à distinguer un vert clair d’un jaune pâle. La perception varie toutefois selon la forme du daltonisme et son degré. Cette confusion peut compliquer la lecture d’un feu de signalisation dans certaines conditions de luminosité, ou celle d’un graphique qui utilise le rouge et le vert pour opposer une hausse à une baisse.

Le cas plus rare de l’axe bleu-jaune

Une atteinte du cône sensible au bleu est beaucoup plus rare. Elle touche aussi bien les hommes que les femmes, contrairement à la forme rouge-vert. Elle peut entraîner une confusion entre le bleu et le vert, ou entre le jaune et le violet. Ce trouble est souvent moins gênant au quotidien, mais certaines tâches de précision peuvent devenir difficiles, comme le repérage de câbles électriques codés par couleur ou la lecture de cartes utilisant des teintes proches.

Les différentes formes de daltonisme

Le terme médical est dyschromatopsie. Les formes de daltonisme sont classées selon le cône concerné et l’importance de l’atteinte. Quand un type de cône est totalement absent, on parle de dichromatisme. La protanopie correspond à l’absence des cônes sensibles au rouge, tandis que la deutéranopie correspond à l’absence des cônes sensibles au vert. Toutes deux provoquent une confusion rouge-vert, avec des nuances différentes. La tritanopie, elle, résulte de l’absence des cônes sensibles au bleu.

Quand le cône est présent mais fonctionne de façon anormale, on parle de trichromatisme anormal. Il peut s’agir d’une protanomalie, d’une deutéranomalie ou d’une tritanomalie, selon le cône concerné. Ces formes partielles sont généralement moins sévères que les dichromatismes complets. Enfin, l’achromatopsie, extrêmement rare, correspond à une absence quasi totale de perception des couleurs. C’est la situation qui se rapproche le plus d’une vision en noir et blanc. Elle s’accompagne souvent d’une photophobie et d’un nystagmus.

Pourquoi le daltonisme touche-t-il surtout les hommes ?

La forme rouge-vert est liée à une anomalie génétique portée par le chromosome X. Comme les hommes ne possèdent qu’un seul chromosome X, une seule copie du gène concerné peut suffire à provoquer le trouble. Les femmes possèdent deux chromosomes X et doivent généralement porter l’anomalie sur les deux exemplaires pour être atteintes. Cela explique la fréquence plus faible du daltonisme chez elles.

Environ 8 % des hommes présentent une forme de daltonisme rouge-vert, contre un peu moins de 1 % des femmes. Cela correspond à environ un homme sur douze et une femme sur deux cents. Ces chiffres concernent principalement les formes héréditaires rouge-vert.

Il existe aussi des formes acquises, beaucoup plus rares. Elles peuvent apparaître au cours de la vie après une lésion oculaire, nerveuse ou cérébrale, dans le cadre de certaines maladies comme le diabète ou la sclérose en plaques, ou sous l’effet de certains médicaments. Contrairement au daltonisme congénital, ces formes peuvent évoluer et justifient une surveillance ophtalmologique.

On peut comparer la rétine à un système qui combine plusieurs signaux lumineux pour composer une image colorée. Si l’un de ces signaux manque ou devient moins précis, l’image reste lisible, mais certaines teintes se rapprochent les unes des autres. Cette comparaison aide à comprendre pourquoi une personne daltonienne voit bien un monde en couleur, tout en distinguant moins nettement certains tons.

Dépister et accompagner le daltonisme

Les tests de référence

Le test le plus connu est celui des planches d’Ishihara. Elles sont composées de pastilles colorées qui forment un chiffre visible par les personnes ayant une vision des couleurs habituelle, mais plus difficile à distinguer en cas de daltonisme. D’autres examens peuvent compléter le dépistage. Le test de Holmgren repose sur le tri d’écheveaux de laine colorés. Le test de Farnsworth permet d’affiner la classification du trouble et d’en évaluer la sévérité. L’anomaloscope de Nagel est un instrument de précision utilisé pour des examens plus poussés, notamment lorsque la perception des couleurs représente un enjeu professionnel ou de sécurité.

L’intérêt d’un dépistage précoce

Le daltonisme congénital est généralement stable dans le temps et ne s’aggrave pas avec l’âge. La perception des couleurs peut toutefois diminuer naturellement au fil des années, y compris chez les personnes qui ne sont pas daltoniennes. Un dépistage réalisé dès l’âge scolaire, autour de 6 ans, permet d’identifier les difficultés d’un enfant face aux supports pédagogiques codés par couleur. L’école et la famille peuvent alors adapter les consignes avant que le trouble ne gêne les apprentissages.

Il n’existe pas de traitement curatif standard capable de restaurer les cônes déficients. Des lunettes ou des lentilles équipées de filtres spécifiques peuvent néanmoins, chez certaines personnes, accentuer le contraste entre des teintes confondues et améliorer le confort visuel. Leur effet reste variable et ne rétablit pas une vision normale des couleurs.

Vivre avec un daltonisme au quotidien

La grande majorité des personnes daltoniennes mènent une vie normale une fois le trouble identifié et les repères adaptés. Certaines situations nécessitent toutefois une attention particulière : lecture de graphiques ou de cartes codés par couleur, choix de vêtements assortis, identification de voyants lumineux ou accès à certains métiers où une perception fine des couleurs est requise pour des raisons de sécurité, notamment dans le transport ou l’électricité.

Des solutions simples permettent souvent de compenser la difficulté. Mémoriser la position d’un signal plutôt que sa couleur, vérifier une information avec un texte ou un symbole, et demander une description précise d’une teinte sont des repères utiles. En cas de difficulté récente, d’aggravation ou de changement brutal de la perception des couleurs, un avis ophtalmologique est nécessaire pour rechercher une forme acquise.